Le Médiateur fédéral a publié en juin 2026 son Rapport relatif aux Services de migration, consacré au traitement des demandes de visas et de titres de séjour par l'Office des étrangers et le SPF Affaires étrangères (104 pages). Le constat n'a rien d'inédit. Le rapport reprend, parfois mot pour mot, des recommandations formulées depuis des années et restées sans suite. Ce qui frappe, c'est l'accumulation. Le Médiateur fédéral décrit un système devenu illisible, lent et, par endroits, contraire au droit de l'Union, dont les premières victimes sont des personnes déjà en situation précaire. Au fil de ses pages, il pose à nouveau la question des voies de séjour par le travail.
L'arrêté royal du 7 mai 2026 remplaçant l'article 104 de l'arrêté royal du 8 octobre 1981 sur l'accès au territoire, le séjour, l'établissement et l'éloignement des étrangers en ce qui concerne la prolongation excessive des études (M.B., 21 mai 2026, p. 27772) est entré en vigueur le 31 mai 2026 et s'appliquera à compter de l'année académique 2026-2027.
Le texte relève les seuils de crédits, durcit les conditions de réorientation et limite à deux le nombre d'orientations différentes possibles dans les trois premières années de séjour.
1. Aperçu général
Contexte politique : La politique belge d'asile et d'immigration a connu un tournant majeur à la suite des élections fédérales et régionales de juin 2024. Après sept mois de négociations, une coalition centre-droit à cinq partis, dite coalition « Arizona » (N-VA, MR, Les Engagés, CD&V et Vooruit), a pris ses fonctions le 31 janvier 2025. Le Premier ministre, Bart De Wever, et la ministre de l'Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sont tous deux membres du parti nationaliste flamand N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie). L'accord de coalition engage la Belgique dans la politique migratoire la plus stricte de son histoire.
Notre publication du 5 avril 2026, analysait un document adopté par le Comité directeur pour les droits de l’homme (CDDH) le 20 mars 2026 et alertait sur les risques posés par le projet de déclaration de Chișinău alors en préparation. La déclaration ayant été adoptée le 15 mai 2026, le temps est venu d’en exposer le contexte, le contenu et les critiques qu’elle appelle.
La protection temporaire instaurée par la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 et activée pour les personnes déplacées d’Ukraine par la décision d’exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 a été prorogée par la décision d’exécution (UE) 2025/1460 du Conseil du 15 juillet 2025 jusqu’au 4 mars 2027. Plus de 4,4 millions de personnes en bénéficient en Europe ; en Belgique, environ 70.600 personnes étaient enregistrées en 2026.
Une loi entièrement nouvelle entre en vigueur le 12 juin 2026. Elle réécrit la procédure devant le Conseil du contentieux des étrangers de la première ligne à la dernière. Certaines dispositions rationalisent un dispositif qui en avait besoin. D'autres soulèvent des questions sérieuses, que plusieurs institutions ont formulées par écrit et que les juridictions européennes et constitutionnelles seront vraisemblablement appelées à trancher.
Cour constitutionnelle, arrêt n° 51/2026 du 23 avril 2026, article 8, § 1er, alinéa 1er, 2°, b), du Code de la nationalité belge.
Par un arrêt n° 51/2026 du 23 avril 2026, la Cour constitutionnelle juge contraire aux articles 10, 11 et 22bis de la Constitution l’article 8, § 1er, alinéa 1er, 2°, b), du Code de la nationalité belge, en ce qu’il ne permet pas qu’une déclaration réclamant l’attribution de la nationalité belge à un enfant né à l’étranger soit effectuée lorsque son auteur belge, lui-même né à l’étranger, est décédé dans les cinq ans de la naissance de cet enfant sans avoir fait cette déclaration.
Le 26 février 2026, le gouvernement belge a déposé à la Chambre un projet de loi modifiant la loi du 15 décembre 1980 sur l'accès au territoire, le séjour, l'établissement et l'éloignement des étrangers (DOC 56 1377/001). L'objet : permettre à l'Office des étrangers de prononcer des interdictions d'entrée « à vie » à l'encontre de personnes enregistrées dans la banque de données T.E.R. (Terrorisme, Extrémisme, Processus de radicalisation), c'est-à-dire les terroristes, les extrémistes potentiellement violents et les prédicateurs de haine en séjour irrégulier en Belgique.
Par un arrêt n° 38/2026 du 2 avril 2026, la Cour constitutionnelle sanctionne une interprétation restrictive des articles 40ter, § 2, alinéa 2, 1°, et 42, § 1er, alinéa 2, de la loi du 15 décembre 1980. En matière de regroupement familial avec un Belge « sédentaire », l'Office des étrangers ne tenait compte que des seuls revenus du regroupant belge pour apprécier la condition de moyens de subsistance. La Cour juge cette lecture contraire aux articles 10 et 11 de la Constitution, combinés avec l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Les 14 et 15 mai 2026, le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe se réunira à Chișinău (Moldavie) pour sa 135e session. L'ordre du jour comprend l'adoption d'une déclaration politique sur l'interprétation et l'application de la Convention européenne des droits de l'homme dans le contexte de la migration irrégulière et de la situation des étrangers condamnés pour des infractions graves.
